Patrimoine, mémoires Rifaine

Le Parc National d’Al Hoceima abrite un patrimoine historique et culturel millénaire, fruit de la position stratégique de ces côtes au carrefour des civilisations méditerranéennes. Le territoire des Bokkoyas a vu défiler Phéniciens, Carthaginois, Romains, Byzantins, Arabes, Andalous, Portugais et Espagnols. Chaque passage a laissé sa trace dans les pierres et dans les mémoires.

AU CŒUR DU RIF AMAZIGH

Peuplé depuis la nuit des temps par les Amazighs, le Rif a développé une culture originale, façonnée par l’isolement relatif que procurent les montagnes et par l’ouverture sur la Méditerranée. La tribu des Bokkoyas a su préserver son identité tout en accueillant les influences extérieures, créant une synthèse culturelle unique.

DES VESTIGES QUI PARLENT

Villages perchés, forteresses oubliées, mosquées mérinides, marabouts innombrables : le patrimoine bâti témoigne de cette histoire riche et complexe.
Mais au-delà des pierres, ce sont les traditions vivantes qui racontent le mieux l’âme de ce territoire. Artisanat, légendes, rituels agricoles, hospitalité légendaire : autant d’aspects d’un patrimoine immatériel qu’il est urgent de documenter et de transmettre.

Bades, mémoire d'une grande cité,
port de fès au moyen âge

De cette grande cité portuaire, il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges épars. Pourtant, Bades fut pendant des siècles le principal port de la ville impériale de Fès et un pôle stratégique du commerce transsaharien.

Construite entre le VIIIe et le XIe siècle par l’émirat de Nekkor, Bades connut un essor considérable grâce à sa position stratégique sur la Méditerranée. Le bois de la région de Ketama, très prisé pour la construction navale, était exporté jusqu’au Liban et à Alexandrie. Au XIe siècle, le géographe Charif Al Idrissi décrivait Bades comme une « ville civilisée, avec ses souks et ses industries ». La cité comprenait plusieurs mosquées, une maison des métiers, un chantier naval, des hospices,

une kasbah et des tours de contrôle. En 1508, les Espagnols envahirent Bades sous prétexte de mettre fin à la piraterie. Après des décennies de conflits, l’îlot, aujourd’hui connu sous le nom de Peñon Velez de la Ghomara, passa définitivement sous contrôle espagnol en 1564, scellant l’abandon de la cité.

Adouz, village millénaire,
pôle spirituel et architectural du Rif

Perché sur sa colline face à la mer, Adouz est considéré comme l’un des plus anciens villages du Rif. Ce douar témoigne d’une architecture traditionnelle préservée et d’un rayonnement spirituel qui perdure depuis des siècles.

Avec ses maisons de pierres et de torchis, Adouz se distingue par son organisation en petits quartiers séparés par des ruelles, témoignant d’un développement urbain important au Moyen Âge. L’anthropologue Auguste Mouliéras décrivait au XIXe siècle ce village comme « incontestablement une ville », capitale des Bokkoyas et centre commercial majeur après Melilla. Adouz abrite un chef-d’œuvre architectural unique dans la région : une mosquée

construite sous le règne du sultan Abou Al Hassan Al Marini (1331-1351), remarquable par ses plafonds en bois finement sculptés. Le village accueille également le marabout de Sidi Lhaj Abou Ali Hassoun, dit le « Cheikh d’Adouz », qui choisit ce lieu pour sa retraite spirituelle en 1171. À cette époque, Adouz était le pôle religieux de toute la tribu des Bokkoyas.

Torres et Snada, forteresses face à la mer, sentinelles de la recontista

Dominant le littoral depuis leurs promontoires, les forteresses de Torres Al Kalaa et de Snada témoignent d’une époque où il fallait défendre le territoire contre les incursions étrangères. Ces édifices racontent plusieurs siècles de résistance.

Torres Al Kalaa désigne les cinq tours s’élevant sur une colline côtière à 90 mètres d’altitude, à l’est de Bades. Cette forteresse, qui dominait le rivage pour contrôler la navigation maritime, aurait été bâtie à l’époque de la Reconquista. Bien que l’hypothèse portugaise soit répandue, les méthodes et matériaux de construction évoquent davantage l’architecture almohade et mérinide. Plus à l’intérieur des terres, la Kasbah de

Snada fut construite sous les Saâdiens (1511-1659) pour servir de « frontière intérieure » contre les Espagnols occupant le Peñon. Ce carré fortifié de 120 mètres de côté abritait le représentant du pouvoir central. En 1792, la Zawiya Wazzania y fut fondée par Ibrahim Ben Abdessalam pour combler le vide politique et religieux que traversait la tribu des Ait Yattafts.

Les Bokkoyas, gardiens d'un patrimoine vivant, terre de saints er d'artisanes

La tribu des Bokkoyas a façonné l’identité du territoire du Parc.
Surnommée « tribu des cent saints et saintes » pour ses innombrables marabouts, elle perpétue aussi des traditions artisanales millénaires qui font la richesse de ce patrimoine immatériel.

LA SPIRITUALITÉ DES CENT SAINTS

Le relief montagneux des Bokkoyas offrait un lieu privilégié de retraite spirituelle et refuge naturel contre les attaques de l’Occident chrétien pendant la Reconquista. De nombreux personnages ayant défendu la région furent considérés comme saints, et des mausolées leur furent dédiés. Parmi les plus vénérés figure Sidi Abou Yacoub Al Badissi, l’un des plus grands saints du Maroc, ainsi que Lalla Tikit. Ces tombeaux occupaient traditionnellement une place centrale dans la vie sociale et culturelle des Rifains. Les habitants venaient y demander la « baraka », la bénédiction, à l’occasion des mariages, pour la guérison de maladies ou pour implorer la pluie en période de sécheresse. Cette tradition spirituelle reste vivace aujourd’hui dans les villages du Parc.

LA MÉMOIRE DES GESTES

Le village de Taghza abrite l’un des derniers centres de fabrication de poterie traditionnelle rifaine. Les femmes perpétuent un mode de fabrication millénaire : entièrement façonnée à la main, décorée de motifs géométriques stylisés, cette poterie témoigne d’un savoir-faire transmis de mère en fille pour créer les objets du quotidien. L’abondance du palmier nain sur le territoire des Bokkoyas a favorisé l’émergence de la vannerie, et le travail des artisans locaux est reconnu dans tout le Maroc pour sa qualité. Les habitants fabriquent également des produits en sparte : sacoches, paniers et objets utilitaires. Ces artisanats, longtemps indispensables à la vie rurale, constituent aujourd’hui un patrimoine immatériel précieux que le Parc contribue à valoriser auprès des visiteurs.

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